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V for Vendetta (2006) – 984 films

Dans le cadre du conflit étudiant du printemps dernier, et surtout suite à l’adoption du projet de loi 78 qui restreignait le droit de manifester, je trouvais qu’il était de circonstance, avec quelques amis, de regarder V for Vendetta, de James McTeigue, même s’il ne fait pas partie des 1001.

Basé sur la bande-dessinée de l’excellent Alan Moore, il s’agit d’une dystopie se passant dans une Angleterre contemporaine, mais contrôlée par un gouvernement autoritaire et conservateur ne permettant aucune liberté d’expression, ni aucune divergence d’opinion. Ce gouvernement est arrivé au pouvoir suite à la succession de quelques attentats tuant des milliers de Britanniques. Gagnés par la peur du terrorisme, ils ont donc élu un gouvernement protecteur et puissant, semblable au parti Nazi d’Allemagne. Mais un homme masqué et cherchant justice et liberté entreprend de tuer les acteurs importants de l’ascension de ce parti, avant de faire tomber le gouvernement pour rendre la liberté et le pouvoir au peuple. Cet homme masqué, c’est V, joué par Hugo Weaving, portant le masque de Guy Fawkes, qui est devenu par la suite un symbole populaire de protestation. Il entraîne également dans sa quête une jeune femme nommée Every Hammond, jouée par Natalie Portman.

Le film, en fait, est un mélange parfait de cette action bien propre aux interprétations cinématographiques de bandes-dessinées, de philosophie politique et de réflexion sociale, de critique du pouvoir, d’éloge du peuple, de la démocratie et de la liberté, et d’allitérations en v. Il s’agit d’un film facile à regarder par son intérêt général et son histoire facile à suivre, mais qui donne le goût qu’on le regarde encore et encore pour affiner davantage la réflexion profonde que le film apporte. C’est regardé 1984 de George Orwell, mais avec un meilleur rythme, avec de l’action mais juste assez, et situé dans un avenir plus probable maintenant, et donc plus crédible. Bref, même s’il ne fait pas partie des 1001 films à voir, je vous le conseil néanmoins chaudement, ne serait-ce que pour une soirée de cinéma tranquille.

The Shining (1980) – 991 films

Pour terminer la soirée, le second Stanley Kubrick que nous avons regardé était The Shining.

Le style était un peu différent… Passer de la comédie noire à l’horreur fut un choc, mais un choc bien apprécié. Aussi, la longueur du film, sa lenteur et sa cadence, nous ont permis de nous habituer peu à peu au changement d’ambiance.

Inspiré d’un roman de Stephen King, le film raconte l’histoire d’une petite famille qui doit garder, et donc habiter, un grand hôtel perdu dans les montagnes pendant l’hiver. Une fois la première tempête de neige passée, impossible de se rendre à l’hôtel, ou d’en sortir. Jack Torrance, joué brillamment par Jack Nicholson, a pris le poste pour pouvoir écrire dans l’isolement un roman. Sa femme Wendy (Shelley Duvall) et leur fils Dany (Danny Lloyd) l’accompagne. Le problème, c’est que le dernier à avoir occupé ce poste est devenu fou, tuant toute sa famille et lui-même.

À travers les semaines, Jack sombre peu à peu dans la folie, alors que son fils a des hallucinations sur les meurtres qui ont eu lieu précédemment dans l’hôtel. Plus le temps avance, et plus Jack devient violent, jusqu’au paroxysme du film, où la tension est à son comble et où tout commence. Le suspense que battit le film depuis plus d’une heure éclate et fait place à l’horreur.

Par contre, ce suspense m’a semblé un peu trop long à bâtir, alors que le film a quelques longueurs au milieu. Cela dit, il y a un esthétisme fascinant dans ces scènes lentes et détaillées, en particulier celle où Jack est dans les toilettes, discutant avec le majordome, qui se révèle être l’hallucination de l’ancien gardien de l’hôtel. J’ai aussi eu de la difficulté avec l’évolution psychologique de Jack. On la voit bel et bien changer, avancer très lentement vers la folie, mais la raison de cette évolution m’a échappé, ou disons peu satisfait. J’ai d’ailleurs trouvé un peu étrange, même mal exploité, tout l’aspect fantastique du film.

Néanmoins, il s’agit d’un excellent film d’horreur qui m’a donné des frissons, et qui a su me tenir en haleine, surtout à la toute fin, durant cette scène de poursuite et d’hystérie mémorable. La scène où Wendy jette un coup d’oeil au manuscrit de Jack est également bien saisissante. Je comprends donc pourquoi il s’agit d’un classique, mais je prendrai quand même un certain temps avant de le regarder de nouveau.

La Moustache (2005) – 991 films

Entre deux soirées à découvrir des films de répertoire, j’ai décidé de revoir, pour une troisième fois, un film étrange mais que j’ai beaucoup apprécié. Il s’agit de La Moustache, d’Emmanuel Carrère, qui ne fait pas partie des 1001 films.

On m’a d’abord conseillé le film, et je l’ai trouvé fascinant. On m’a ensuite prêté le livre qui était, si cela est possible, encore plus troublant. J’ai donc écouté une nouvelle fois le film, à la lumière de ma lecture. Enfin, je me suis dit qu’un de mes amis devait aussi le voir. À chacun de mes visionnements, l’énigme semblait s’ouvrir et se révéler un peu plus à moi.

La prémisse du film est simple, mais complexe et infinie dans ses conséquences. Marc, joué par l’intense Vincent Lindon, porte la moustache depuis toujours. Un soir, alors qu’il se prépare pour un souper entre amis, il décide de faire une surprise à sa fiancée, Agnès, jouée brillamment par Emmanuelle Devos : il décide de se raser la moustache. Et là, tout s’écroule. D’abord, il croit que celle-ci, faisant parfois des blagues douteuses, fait simplement semblant de ne pas s’en rendre compte. Ensuite, les deux autres convives de la soirée, amis de longue date du couple, semblent aussi ne se rendre compte de rien. Enfin, lorsque Marc confronte Agnès, celle-ci affirme qu’il n’a jamais eu de moustache.

Commence alors une longue descente aux enfers pour Marc, alors que tout son monde s’écroule autour de lui. Tiraillé entre une folie possible et grandissante, et la certitude qu’il a déjà eu une moustache, un fait aussi anodin que de s’être rasé la moustache, ou d’en avoir déjà porté une, devient une véritable obsession. Une quantité astronomique de possibilités et de questions se forment tout au long du film. Devient-il fou ? Agnès lui fait-il simplement une mauvaise blague ? Mais qu’en est-il des autres, qui n’ont pas remarqué non plus ? Qu’en est-il des photos de voyage, de sa carte d’identité ? Mais aussi, un homme sain d’esprit réagirait-il aussi violemment à cette situation ? Tant de questions que le film laisse sans réelle réponse. Même que la fin, encore plus déroutante, en rajoute de nouvelles, encore plus énigmatiques, juste avant que l’écran ne devienne noir une dernière fois.

Supporté par la musique extraordinaire de Philip Glass, soit son Concerto pour violons, le film devient un véritable drame psychologique, mêlé à un thriller enlevant. Certaines scènes sont d’une intensité à faire frémir de désespoir, de suspense ou d’émotions. Et le jeu des acteurs nous y fait croire, nous fait mettre à la place des personnages, vivant avec eux ce drame invraisemblable.

Dans un univers kafkaïen sont ainsi abordés les thèmes de la folie, de la confiance et de l’identité avec une intensité nouvelle, encore inconnue par le jeune cinéphile que je suis encore. Dites-vous que si je l’ai regardé à trois reprises, et que j’ai déjà le goût de m’y replonger une quatrième fois, c’est qu’il s’agit d’un film qui vaut bien le détour.

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