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Neco z Alenky (1988) – 984 films

La seconde interprétation de l’histoire de Alice au pays des merveilles que nous avons écoutée en était une complètement différente de celle de Disney. Cette fois, il s’agissait d’une version tchécoslovaque du réalisateur Jan Svankmajer parue en 1988 intitulée Neco z Alenky, qui signifie Quelque chose venant d’Alice.

Cette version, au contraire de celle de Disney, était sombre, glauque, troublante et intense psychologiquement. Le film est fait d’un mélange de stop-motion et de prises live, sans musique du début à la fin, et se déroulant pour la plus grande partie dans une maison en apparence abandonnée, aux murs lisses et gris, et aux détours terrifiants. Ici, le rêve de Lewis Carroll se transforme en véritable cauchemar.

Qu’est-ce que le stop-motion ? Il s’agit d’une technique d’animation qui consiste à filmer, image par image, un objet inanimé que l’on déplace, peu à peu, entre les prises d’image. Le résultat donne un mouvement saccadé qui, ici, amplifie davantage l’effet glauque du film. Lorsque Alice, par exemple, se retrouve rétrécie, elle se transforme en poupée de porcelaine qui avance comme une marionnette possédée. Il s’agit de la même chose pour tous les autres personnages, qui se retrouvent animés et vivants, mais sans expression faciale, ou presque.

Un autre effet qui accentue ce sentiment de malaise et de bizarre : le fait que tous les dialogues se terminent par un gros plan sur les lèvres d’Alice qui prononcent : « Said the white rabbit.« , s’il s’agit en l’occurrence de ce personnage. Cela donne un aspect surréaliste et sombre aux scènes d’échanges entre les personnages. Il y a également cette abondance d’objets coupants et dangereux, tels que des équerres, des ciseaux ou des punaises en confiture, qui vous font réaliser dès le début qu’il ne s’agira pas d’un film pour enfant.

Les personnages non plus ne donnent pas leur place pour ce qui est de l’étrangeté déstabilisante du film. Le lapin blanc est ici un lapin empaillé qui, dès le début du film, se blesse et donc duquel coule de la sciure de bois pendant tout le film. Il y a aussi cette kyrielle de personnages étranges qui ne sont que des cranes et des os avec des yeux de vitre. N’oublions pas non plus la chenille, qui est ici un bas avec des yeux de verre cousus et un dentier en guise de bouche. On le retrouve dans une pièce remplie de bas qui creusent le sol comme des tunnels. Enfin, j’ai déjà mentionné les décors… Pour vous donner une idée de l’ambiance qui règne dans cet endroit étrange, voici une image :

Mais pour bien saisir et comprendre, il faut regarder ce film exigeant et dérangeant soi-même. Il est à la fois fascinant et effrayant de voir son rêve d’enfance transformé en cauchemar terrifiant de telle sorte. Mais cela est fait avec une qualité étrangement envoûtante. Lorsque je l’ai regardé ce soir-là, c’était mon deuxième visionnement. Depuis ma première découverte, je souhaitais revivre cette expérience étrange. Cela dit, une fois la surprise passée, le film a quelques longueurs, et devient même essoufflant vers la fin. Cependant, il conserve quand même son aspect dérangeant. Certaines scènes, d’ailleurs, vous resteront peut-être en mémoire, comme celle où Alice descend dans un élévateur sombre où, devant elle, se trouvent toutes sortes de vieilleries terrifiantes pour un enfant : squelettes d’animaux, pots aux contenus étranges et remplis de gelée, et d’autres choses que je vous laisse découvrir par vous-même. Alors que chez Disney, il s’agit d’une descente vers le merveilleux, il s’agit presque ici d’une descente aux enfers.

Being John Malkovich (1999) – 991 films

Comme mes soirées de cinéma hebdomadaires ne suffisent pas toujours à rassasier mon appétit, j’ai décidé, un autre soir de semaine, de regarder de nouveau un film que j’avais déjà vu, mais voilà déjà un bon bout de temps. Il s’agit de Being John Malkovich de Spike Jonze.

En fait, cette semaine-là, je me sentais un goût pour les films étranges, explorant des idées incongrues, comme avec La Moustache. Dans Being John Malkovich, nous sommes transportés dans un univers étrange où, dans une entreprise située littéralement entre deux étages d’un immeuble à bureau, se trouve, derrière un classeur, une sorte de tunnel qui mène directement bien que temporairement dans le corps du célèbre acteur John Malkovich. Rapidement, Craig Shwartz, un marionnettiste sans succès joué par John Cusack, et Maxime Lund, une collègue de travail profiteuse interprétée par Catherine Keener, transforment la découverte en source de revenus, en y faisant entrer des personnes qui, l’espace d’un instant, veulent être quelqu’un d’autre. L’histoire se complique lorsque Craig se rend compte qu’il peut contrôler Malkovich, comme une marionnette…

À travers cette histoire étrange, on sent un mal de vivre intense de la part des personnages. En particulier Craig et sa femme Lotte, jouée par Cameron Diaz, tous semblent vouloir être quelqu’un d’autre, changer de vie et fuir la sienne, ne serait-ce que l’espace d’un instant. Leurs rêves, en particulier ceux, discordants, du couple, ne semblent pouvoir ni se réaliser, ni se vivre, qu’à travers John Malkovich. Et John Malkovich, quant à lui, nous fait vivre un malaise tout aussi intense. Comment réagir, si l’on s’aperçoit que des gens peuvent s’introduire dans notre tête, voire prendre le contrôle de notre corps tout entier ? Qui devenons-nous, sans cela ? Le scène la plus troublant est celle où Malkovich s’introduit lui-même dans le tunnel qui mène à son corps. Je vous laisse la découvrir… Ce tunnel, par ailleurs, n’est pas sans rappeler celui d’Alice aux pays des merveilles. Fuite vers le rêve et quête d’identité : le rapprochement est facile à faire.

Ce qu’il y a de particulier, aussi, avec ce film, c’est son humour noir, sa manière ironique d’aborder ses sujets et ses thèmes. On rit jaune, devant ses situations comiques, mais aussi touchantes et dérangeantes.

Ainsi, le film ouvre bon nombre de questions philosophiques, tout en nous plongeant dans un monde bien particulier, à l’ambiance un peu glauque et dépressive, avec une petite touche ironique, et aux personnages défectueux, mal adaptés. Il ne s’agirait donc pas d’un film que je reverrais souvent, mais qui en vaut néanmoins bien la peine. Si Spike Jonze réussit le même coup avec Adaptation, je n’en serai pas déçu.

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