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La Moustache (2005) – 991 films

Entre deux soirées à découvrir des films de répertoire, j’ai décidé de revoir, pour une troisième fois, un film étrange mais que j’ai beaucoup apprécié. Il s’agit de La Moustache, d’Emmanuel Carrère, qui ne fait pas partie des 1001 films.

On m’a d’abord conseillé le film, et je l’ai trouvé fascinant. On m’a ensuite prêté le livre qui était, si cela est possible, encore plus troublant. J’ai donc écouté une nouvelle fois le film, à la lumière de ma lecture. Enfin, je me suis dit qu’un de mes amis devait aussi le voir. À chacun de mes visionnements, l’énigme semblait s’ouvrir et se révéler un peu plus à moi.

La prémisse du film est simple, mais complexe et infinie dans ses conséquences. Marc, joué par l’intense Vincent Lindon, porte la moustache depuis toujours. Un soir, alors qu’il se prépare pour un souper entre amis, il décide de faire une surprise à sa fiancée, Agnès, jouée brillamment par Emmanuelle Devos : il décide de se raser la moustache. Et là, tout s’écroule. D’abord, il croit que celle-ci, faisant parfois des blagues douteuses, fait simplement semblant de ne pas s’en rendre compte. Ensuite, les deux autres convives de la soirée, amis de longue date du couple, semblent aussi ne se rendre compte de rien. Enfin, lorsque Marc confronte Agnès, celle-ci affirme qu’il n’a jamais eu de moustache.

Commence alors une longue descente aux enfers pour Marc, alors que tout son monde s’écroule autour de lui. Tiraillé entre une folie possible et grandissante, et la certitude qu’il a déjà eu une moustache, un fait aussi anodin que de s’être rasé la moustache, ou d’en avoir déjà porté une, devient une véritable obsession. Une quantité astronomique de possibilités et de questions se forment tout au long du film. Devient-il fou ? Agnès lui fait-il simplement une mauvaise blague ? Mais qu’en est-il des autres, qui n’ont pas remarqué non plus ? Qu’en est-il des photos de voyage, de sa carte d’identité ? Mais aussi, un homme sain d’esprit réagirait-il aussi violemment à cette situation ? Tant de questions que le film laisse sans réelle réponse. Même que la fin, encore plus déroutante, en rajoute de nouvelles, encore plus énigmatiques, juste avant que l’écran ne devienne noir une dernière fois.

Supporté par la musique extraordinaire de Philip Glass, soit son Concerto pour violons, le film devient un véritable drame psychologique, mêlé à un thriller enlevant. Certaines scènes sont d’une intensité à faire frémir de désespoir, de suspense ou d’émotions. Et le jeu des acteurs nous y fait croire, nous fait mettre à la place des personnages, vivant avec eux ce drame invraisemblable.

Dans un univers kafkaïen sont ainsi abordés les thèmes de la folie, de la confiance et de l’identité avec une intensité nouvelle, encore inconnue par le jeune cinéphile que je suis encore. Dites-vous que si je l’ai regardé à trois reprises, et que j’ai déjà le goût de m’y replonger une quatrième fois, c’est qu’il s’agit d’un film qui vaut bien le détour.

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