Archives Mensuelles: mai 2012

Akira (1988) – 990 films

Enfin, ce blogue est de nouveau à jour ! Car le dernier film que j’ai vu, pour le moment, est Akira de Katsuhiro Otomo.

Je me disais qu’il serait bon d’explorer un peu plus le cinéma étranger, et d’autres styles de film. Une animation japonaise s’est donc imposée, et Akira en est l’exemple parfait. Il s’agit du chef-d’oeuvre du réalisateur. Et surtout, il mélange la plupart des thèmes récurrents des animes : la science-fiction, l’avenir apocalyptique, les pouvoirs surnaturels et des adolescents en quête d’identité.

J’ai eu un peu de difficulté à suivre l’histoire, en partie parce que j’étais un peu fatigué au moment de l’écoute, et en partie parce qu’elle comportait plusieurs aspects aux liens parfois confus. En gros, pour ce que j’en ai compris, Tetsuo est un adolescent qui fait partie d’un gang de motards délinquants avec d’autres amis. Tetsuo a un complexe d’infériorité envers les autres membres, en particulier Kaneda, à qui il doit souvent demander protection. Puis, il développe des pouvoirs psychiques extrêmement puissants qui lui permettent enfin de se débrouiller seul et de se montrer fort. Par contre, il perd rapidement le contrôle de ses pouvoirs… En parallèle à cela, le gouvernement tente de s’emparer de lui, à l’aide d’autres enfants télépathes. Il y a aussi une quête pour retrouver Akira, un être qui aurait des pouvoirs encore plus grands que ceux de Tetsuo.

Il s’en suit des explosions spectaculaires, des scènes d’affrontement tendues, et un chaos immense aux images superbes. On y sent la force, l’énergie et le mal de vivre d’un adolescent en pleine crise. Alors que Tetsuo cherche Akira, on y voit aussi une quête d’identité difficile. Tout cela s’exprime avec une rébellion de l’esprit et une violence du corps immenses. À cet effet, les 20 dernières minutes du film sont spectaculaires et envoûtantes, alors que l’histoire arrive à son paroxysme.

Par conséquent, c’est un film que j’ai bien apprécié, malgré quelques confusions, et qui mériterait d’être réécouté, afin de mieux en comprendre les détails. Et surtout, cela m’a donné envie de regarder d’autres films du genre.

Annie Hall (1977) – 990 films

Comme avec Stanley Kubrick, je souhaitais depuis un bon moment découvrir le réalisateur Woody Allen. J’ai donc décidé de débuter avec l’un de ses classiques les plus connus, soit Annie Hall.

En faisant quelques recherches, j’ai cru comprendre que ce film marquait un tournant dans la carrière d’Allen. J’aurais peut-être dû débuter avec un de ses films moins matures, car celui-ci m’a littéralement jeté par terre. Le rythme, l’humour, la subtilité du jeu des acteurs : tout m’a séduit dans ce film.

Le film raconte l’histoire d’amour d’Alvy, joué par l’éternel Woody Allen lui-même, et d’Annie Hall, jouée par l’admirable Diane Keaton. À travers une narration fragmentée, mêlant la chronologie des scènes, on voit leur rencontre, leur séparation, l’évolution de leur relation, l’après, etc.

Encore une fois, tout comme Citizen Kane, ce n’est pas tant l’histoire qui fascine, mais le style. Il y a ces scènes où Alvy brise le quatrième mur et s’adresse directement à l’auditoire. Il y a le monologue du début, qui place le personnage principal. Il y a cet échange magique, peu après leur rencontre, entre Alvy et Annie, où des sous-titres apparaissent pour faire comprendre ce que les personnages pensent ou disent vraiment. Le tout, avec un humour subtil, semblable au britannique, et avec un sentimentalisme sincère pour le réalisateur, hésitant pour les personnages, naïf surtout. Les sujets de la mort, de l’art et du sexe sont également abordés, toujours avec les traits d’esprit singuliers qui ont fait la gloire de Woody Allen.

Ainsi, Annie Hall est plus qu’une comédie sentimentale. L’humour y est meilleur, et plus sourire que rire aux éclats. Et la romance, touchante d’une nouvelle façon. C’est un film que je regarderais encore et encore, et qui m’a tout de suite donné le goût de continuer à explorer ce réalisateur.

Citizen Kane (1941) – 990 films

Il y avait un autre classique (il y en a plein !) que je souhaitais regarder depuis bien longtemps, mais pour lequel je n’attendais qu’une bonne excuse pour regarder. Celui-ci, en particulier, s’appelait Citizen Kane d’Orson Welles.

Pour plusieurs, il s’agit du meilleur film, ou du plus grand, de tous les temps. Certes, le cinéma n’existe que depuis un siècle, mais quand même ! Et je dirais même qu’il le mérite bien. Ce n’est peut-être pas le meilleur (j’ai encore quelques favoris indétrônables…), mais c’est certainement un incontournable. L’histoire, déjà, est intéressante. Le plus grand magnat de la presse américaine, Charles Foster Kane, meurt en murmurant entre ses lèvres un simple mot rempli de mystère : rosebud. Que signifie ce mot ? Que peut-il impliquer, pour un homme qui fut riche et puissant au delà de tout rêve ? Ainsi, en enquêtant sur la signification de ce mot, on revit l’histoire unique de cet homme.

Cependant, ce qui fait la grandeur du film, ce n’est pas tant l’histoire, qui est toujours autant d’actualité près de 70 ans plus tard, mais plutôt sa réalisation. Les plans de caméra novateurs, le jeu des ombres et des lumières, les décors démesurés, les procédés de fondu, la succession des scènes : ce sont tous des éléments qui firent de ce film un véritable chef-d’oeuvre. Par moments, ils accentuent avec brio le mystère d’une scène, la tragédie d’une autre, la mélancolie d’une troisième. Pour les décors, la petite salle de rédaction comblée des débuts donne un relief saisissant au manoir vide et gigantesque de la fin. En plus de savoir et de sentir ce qu’est devenu le personnage de Kane, on le voit, matériellement, par le néant qui subsiste en lui, malgré sa richesse.

Il faut aussi dire que le jeu d’acteur d’Orson Welles y est pour quelque chose. Interprétant lui-même le fameux Charles Foster Kane, il ne peut se tromper. On voit, du début à la fin, l’évolution lente mais certaine du personnage. On voit, dans tout son corps, ses victoires et ses défaites, ses ambitions et son énergie mégalomane, autant que son mal être et sa quête désespérée pour… quoi ? Mystère… Et le jeu de Welles est si impressionnant, si central au film, qu’il éclipse sans difficulté celui des autres. Ils ne font que le suivre, tant qu’ils le peuvent, mais au moins ils le font bien.

Bref, il s’agit d’un film saisissant, grandiose, et inoubliable. Si tous les films avaient ce calibre, ce génie, le monde serait bien différent.

No Impact Man (2009) – 990 films

Voilà déjà plus d’un mois, pour le jour de la Terre, nous avons écouté un film qui ne faisait pas partie des 1001, mais qui était fort à-propos. Il s’agissait de No Impact Man de Laura Gabbert et de Justin Schein.

Le film part d’une idée bien simple et fort inspirante pour quiconque a un peu de fibre environnementaliste en lui : une famille new-yorkaise va tenter de vivre une année entière sans faire aucun impact sur l’environnement. Ça, c’est ce que le film promet. Ce qu’il offre, c’est autre chose. Dans les faits, étape par étape, le couple va réduire peu à peu son empreinte sur l’environnement jusqu’à ce qu’elle ne devienne nulle, ou presque.

Mais bon, l’idée est tout aussi noble, n’est-ce pas ? Et après tout, il faut bien un temps d’adaptation aux différentes privations et aux divers changements d’habitude qu’implique le projet. S’il fallait éliminer tous les déchets, manger local, se déplacer uniquement à pied ou à vélo, n’acheter rien de neuf et couper l’électricité dès le premier jour, on ne se serait peut-être bien pas rendu au deuxième… La présentation du film laissait quand même croire que cela serait le cas, mais bon.

Ce qui m’a vraiment déçu, par contre, c’est la confusion autour du projet. On ne nous avertit par vraiment que le projet se fera étape par étape. Et lorsqu’on le réalise, les étapes semblent confuses. Ah, là ils éliminent telle chose. Ah, là ils éliminent telle autre. Ils ne font plus ça ? Depuis quand ? Bref, une petite présentation globale du projet en début de film aurait été bien appréciée.

Aussi, je n’ai pas aimé que l’accent du film soit autant mis sur tout le drama qui tourne autour du projet. Je comprends qu’il faille ajouter l’aspect humain du projet, et qu’on sente bien la difficulté que les protagonistes ont à vivre et à réaliser le projet, sinon le film serait bien inutile ! Mais une insistance trop grande est mise sur la conjointe, le fait qu’elle subisse davantage le projet de son mari qu’elle n’y collabore, le fait qu’elle veut un deuxième enfant et non son conjoint, etc. Alors que je m’attendais à voir un défi humain, avec des considérations environnementales profondes et une explication du côté pratique du projet, je me suis plutôt retrouvé devant ce qui m’a semblé être un reality show avec l’environnement comme thème.

Ainsi, il y a bel et bien quelques aspects intéressants au film, comme le fait de cultiver ses légumes, de consommer local et des produits saisonniers, ou même le pot double qui sert de réfrigérateur naturel. Mais ce côté du film, qui aurait dû être le principal, est ombragé par tout le reste. Comme la fois où la conjointe se débarrasse dudit réfrigérateur naturel pour aller mettre son épicerie dans celui, électrique, de sa voisine. Ouin…

The Shining (1980) – 991 films

Pour terminer la soirée, le second Stanley Kubrick que nous avons regardé était The Shining.

Le style était un peu différent… Passer de la comédie noire à l’horreur fut un choc, mais un choc bien apprécié. Aussi, la longueur du film, sa lenteur et sa cadence, nous ont permis de nous habituer peu à peu au changement d’ambiance.

Inspiré d’un roman de Stephen King, le film raconte l’histoire d’une petite famille qui doit garder, et donc habiter, un grand hôtel perdu dans les montagnes pendant l’hiver. Une fois la première tempête de neige passée, impossible de se rendre à l’hôtel, ou d’en sortir. Jack Torrance, joué brillamment par Jack Nicholson, a pris le poste pour pouvoir écrire dans l’isolement un roman. Sa femme Wendy (Shelley Duvall) et leur fils Dany (Danny Lloyd) l’accompagne. Le problème, c’est que le dernier à avoir occupé ce poste est devenu fou, tuant toute sa famille et lui-même.

À travers les semaines, Jack sombre peu à peu dans la folie, alors que son fils a des hallucinations sur les meurtres qui ont eu lieu précédemment dans l’hôtel. Plus le temps avance, et plus Jack devient violent, jusqu’au paroxysme du film, où la tension est à son comble et où tout commence. Le suspense que battit le film depuis plus d’une heure éclate et fait place à l’horreur.

Par contre, ce suspense m’a semblé un peu trop long à bâtir, alors que le film a quelques longueurs au milieu. Cela dit, il y a un esthétisme fascinant dans ces scènes lentes et détaillées, en particulier celle où Jack est dans les toilettes, discutant avec le majordome, qui se révèle être l’hallucination de l’ancien gardien de l’hôtel. J’ai aussi eu de la difficulté avec l’évolution psychologique de Jack. On la voit bel et bien changer, avancer très lentement vers la folie, mais la raison de cette évolution m’a échappé, ou disons peu satisfait. J’ai d’ailleurs trouvé un peu étrange, même mal exploité, tout l’aspect fantastique du film.

Néanmoins, il s’agit d’un excellent film d’horreur qui m’a donné des frissons, et qui a su me tenir en haleine, surtout à la toute fin, durant cette scène de poursuite et d’hystérie mémorable. La scène où Wendy jette un coup d’oeil au manuscrit de Jack est également bien saisissante. Je comprends donc pourquoi il s’agit d’un classique, mais je prendrai quand même un certain temps avant de le regarder de nouveau.

Dr. Strangelove or: How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb (1964) – 991 films

Un autre cinéaste duquel on ne peut passer à côté est Stanley Kubrick. Par contre, je n’ai jamais vraiment eu l’occasion d’explorer son oeuvre. Ainsi, maintenant que j’ai une excuse, j’ai décidé, voilà déjà quelques semaines, d’en regarder deux de suite, parmi ses classiques. Le premier était Dr. Strangelove or: How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb.

Stanley Kubrick n’est pas le réalisateur le plus facile à aborder. En fait, il est même énigmatique et son style est de haut niveau. Si vous commencez à regarder du cinéma, je veux dire du bon cinéma, ne commencez surtout pas par Kubrick. Ma première expérience avec lui fut par le biais de 2001: A Space Odyssey, et ce ne fut pas une belle expérience. Je ne l’ai apprécié ni la première, ni la deuxième fois. Avec A Clockwork Orange, j’ai dû le regarder à 3 ou 4 reprises avant de pouvoir le finir. Il faut aussi dire qu’à l’époque, je n’avais pas la même maturité, tant intellectuelle que culturelle.

Mais maintenant que je suis un peu plus vieux, et que j’ai un peu plus d’expérience concernant les oeuvres plus étranges, plus expérimentales, plus inaccessibles ou plus poussées psychologiquement, je me suis dit qu’il serait grand temps de me réconcilier avec ce grand du cinéma qui m’était encore incompris. Et avec Dr. Strangelove, la chose fut accomplie.

Sorti un peu plus d’un an après la crise des missiles cubains, il s’agit d’une satire cinglante contre la bombe atomique, la politique et la guerre froide, le tout sous un humour noir qui fait grincer des dents. L’histoire ? Ce que le monde entier craint à l’époque : le déclenchement d’une guerre thermonucléaire mondiale par accident. Chaque superpuissance, les États-Unis et l’URSS, possède chacun suffisamment de bombes nucléaires pour anéantir l’autre et rendre ainsi la planète inhabitable. Mais qu’arriverait-il si un général américain paranoïaque décidait d’attaquer l’ennemi en premier et de déclencher une guerre de son propre chef ?

On se retrouve alors dans la fameuse War Room, où l’on tente de trouver une solution à ce problème aux proportions démesurées. On fait venir l’ambassadeur russe, on appelle le dirigeant de l’URSS, on tente de rappeler les avions, le tout dans un suspense parfait, où l’absurdité de la situation et de toute la guerre froide ressort dans toute sa grandeur. Nous sommes plongés dans ce monde où la victoire devient presque plus importante que la survie. Il y a, par exemple, ce moment où le général Buck Turgidson refuse que l’ambassadeur russe ne pénètre dans la War Room. Pourquoi ? « He will see everything. He will see the Big Board! », qui ne semble être qu’une mappemonde avec des lumières qui clignotent… Et il y a aussi la fin, où, sans vous révéler quoique ce soit, les priorités des généraux sont encore fondées sur la guerre froide, malgré les évènements.

Les grands décors mal éclairés, le noir et blanc, et surtout le jeu des acteurs donnent une atmosphère pesante et sérieuse à ce qui, sans la petite pointe d’humour noir, serait un drame insoutenable. Heureusement, Peter Sellers réussit à nous faire sourire dans ses différents rôles; lorsqu’il est président et qu’il appelle le dirigeant russe et l’appelle par son prénom en lui parlant comme à un vieil ami ou à un enfant, pendant que son interlocuteur est saoul; lorsque qu’il fait le Dr. Strangelove, un ancien scientifique allemand qui ne peut empêcher son bras de faire le salut nazi; ou lorsqu’il interprète le Group Captain Mandrake, aux côtés du général fou. Ce dernier, interprété par Sterling Hayden, ne donne pas sa place non plus, comme parodie militaire. Enfin, il y a George C. Scott, dans le rôle du général Turgidson, qui anime presque à lui seul la discussion dans la War Room, de la manière la moins rassurante possible.

Bref, avec ce mélange parfaitement dosé, Kubrick nous fait vivre une expérience à la fois troublante et qui nous fait rire jaune. On est bien content, à la fin, que la guerre froide et ses risques de guerre nucléaire soient terminés. Sinon, le frisson serait encore plus saisissant. Enfin, le film aurait facilement pu être trop dramatique, ou trop ridicule. Mais Kubrick a gagné son pari.

Being John Malkovich (1999) – 991 films

Comme mes soirées de cinéma hebdomadaires ne suffisent pas toujours à rassasier mon appétit, j’ai décidé, un autre soir de semaine, de regarder de nouveau un film que j’avais déjà vu, mais voilà déjà un bon bout de temps. Il s’agit de Being John Malkovich de Spike Jonze.

En fait, cette semaine-là, je me sentais un goût pour les films étranges, explorant des idées incongrues, comme avec La Moustache. Dans Being John Malkovich, nous sommes transportés dans un univers étrange où, dans une entreprise située littéralement entre deux étages d’un immeuble à bureau, se trouve, derrière un classeur, une sorte de tunnel qui mène directement bien que temporairement dans le corps du célèbre acteur John Malkovich. Rapidement, Craig Shwartz, un marionnettiste sans succès joué par John Cusack, et Maxime Lund, une collègue de travail profiteuse interprétée par Catherine Keener, transforment la découverte en source de revenus, en y faisant entrer des personnes qui, l’espace d’un instant, veulent être quelqu’un d’autre. L’histoire se complique lorsque Craig se rend compte qu’il peut contrôler Malkovich, comme une marionnette…

À travers cette histoire étrange, on sent un mal de vivre intense de la part des personnages. En particulier Craig et sa femme Lotte, jouée par Cameron Diaz, tous semblent vouloir être quelqu’un d’autre, changer de vie et fuir la sienne, ne serait-ce que l’espace d’un instant. Leurs rêves, en particulier ceux, discordants, du couple, ne semblent pouvoir ni se réaliser, ni se vivre, qu’à travers John Malkovich. Et John Malkovich, quant à lui, nous fait vivre un malaise tout aussi intense. Comment réagir, si l’on s’aperçoit que des gens peuvent s’introduire dans notre tête, voire prendre le contrôle de notre corps tout entier ? Qui devenons-nous, sans cela ? Le scène la plus troublant est celle où Malkovich s’introduit lui-même dans le tunnel qui mène à son corps. Je vous laisse la découvrir… Ce tunnel, par ailleurs, n’est pas sans rappeler celui d’Alice aux pays des merveilles. Fuite vers le rêve et quête d’identité : le rapprochement est facile à faire.

Ce qu’il y a de particulier, aussi, avec ce film, c’est son humour noir, sa manière ironique d’aborder ses sujets et ses thèmes. On rit jaune, devant ses situations comiques, mais aussi touchantes et dérangeantes.

Ainsi, le film ouvre bon nombre de questions philosophiques, tout en nous plongeant dans un monde bien particulier, à l’ambiance un peu glauque et dépressive, avec une petite touche ironique, et aux personnages défectueux, mal adaptés. Il ne s’agirait donc pas d’un film que je reverrais souvent, mais qui en vaut néanmoins bien la peine. Si Spike Jonze réussit le même coup avec Adaptation, je n’en serai pas déçu.

La Moustache (2005) – 991 films

Entre deux soirées à découvrir des films de répertoire, j’ai décidé de revoir, pour une troisième fois, un film étrange mais que j’ai beaucoup apprécié. Il s’agit de La Moustache, d’Emmanuel Carrère, qui ne fait pas partie des 1001 films.

On m’a d’abord conseillé le film, et je l’ai trouvé fascinant. On m’a ensuite prêté le livre qui était, si cela est possible, encore plus troublant. J’ai donc écouté une nouvelle fois le film, à la lumière de ma lecture. Enfin, je me suis dit qu’un de mes amis devait aussi le voir. À chacun de mes visionnements, l’énigme semblait s’ouvrir et se révéler un peu plus à moi.

La prémisse du film est simple, mais complexe et infinie dans ses conséquences. Marc, joué par l’intense Vincent Lindon, porte la moustache depuis toujours. Un soir, alors qu’il se prépare pour un souper entre amis, il décide de faire une surprise à sa fiancée, Agnès, jouée brillamment par Emmanuelle Devos : il décide de se raser la moustache. Et là, tout s’écroule. D’abord, il croit que celle-ci, faisant parfois des blagues douteuses, fait simplement semblant de ne pas s’en rendre compte. Ensuite, les deux autres convives de la soirée, amis de longue date du couple, semblent aussi ne se rendre compte de rien. Enfin, lorsque Marc confronte Agnès, celle-ci affirme qu’il n’a jamais eu de moustache.

Commence alors une longue descente aux enfers pour Marc, alors que tout son monde s’écroule autour de lui. Tiraillé entre une folie possible et grandissante, et la certitude qu’il a déjà eu une moustache, un fait aussi anodin que de s’être rasé la moustache, ou d’en avoir déjà porté une, devient une véritable obsession. Une quantité astronomique de possibilités et de questions se forment tout au long du film. Devient-il fou ? Agnès lui fait-il simplement une mauvaise blague ? Mais qu’en est-il des autres, qui n’ont pas remarqué non plus ? Qu’en est-il des photos de voyage, de sa carte d’identité ? Mais aussi, un homme sain d’esprit réagirait-il aussi violemment à cette situation ? Tant de questions que le film laisse sans réelle réponse. Même que la fin, encore plus déroutante, en rajoute de nouvelles, encore plus énigmatiques, juste avant que l’écran ne devienne noir une dernière fois.

Supporté par la musique extraordinaire de Philip Glass, soit son Concerto pour violons, le film devient un véritable drame psychologique, mêlé à un thriller enlevant. Certaines scènes sont d’une intensité à faire frémir de désespoir, de suspense ou d’émotions. Et le jeu des acteurs nous y fait croire, nous fait mettre à la place des personnages, vivant avec eux ce drame invraisemblable.

Dans un univers kafkaïen sont ainsi abordés les thèmes de la folie, de la confiance et de l’identité avec une intensité nouvelle, encore inconnue par le jeune cinéphile que je suis encore. Dites-vous que si je l’ai regardé à trois reprises, et que j’ai déjà le goût de m’y replonger une quatrième fois, c’est qu’il s’agit d’un film qui vaut bien le détour.

Top Gun (1986) – 991 films

Je voulais montrer à mes amis, certains étant moins cinéphiles que moi, qu’on ne regardera pas que de vieux films empoussiérés, en noir et blanc et muets. J’ai donc décidé d’écouter avec eux Top Gun de Tony Scott. Presque personne ne s’est présenté à la soirée, mais au moins, pour la prochaine fois, ils étaient avertis et, j’espère, rassurés.

Rien ne comble aussi bien un vendredi soir paresseux, tant physiquement qu’intellectuellement, qu’un bon film d’action typiquement américain. Et à ce niveau, Top Gun ne donne pas sa place ! Le concept est simple : différents pilotes de l’armée américaine, les meilleurs dans leur métier, se retrouvent dans une école de pilotage afin de devenir les meilleurs des meilleurs. Parmi les candidats se trouve Maverick, joué par un jeune et bientôt célèbre Tom Cruise.

À travers ses différents cours se mêlent la compétition entre les candidats pour devenir le meilleur de la graduation, une petite histoire d’amour avec une formatrice, quelques affrontements avec l’un des professeurs, et beaucoup, beaucoup de scènes de combats aériens. En fait, l’histoire, prévisible à quelques points près, ne semble être qu’une excuse pour des simulations de combat en haute altitude. Celles-ci, d’ailleurs, sont le point central du film, par leur abondance, bien sûr, mais aussi par leur beauté, leur intensité et leur suspense insoutenable, du début à la fin. Lorsque la dernière scène s’est terminée, j’en avais le souffle coupé, et j’avais compris pourquoi, à sa sortie, se fut un véritable phénomène, un film culte.

Mais outre l’action, qui vaut, je le répète, son pesant d’or, l’historiette d’amour avec Charlie, interprétée par Kelly McGillis, m’a également surpris par sa beauté. J’ai aimé sa subtilité, son évolution, sa présentation. Sans vouloir vous révéler une intrigue, de laquelle vous vous donnez de toute façon si vous n’avez pas (encore) vu le film, je crois que la scène de baise entre Maverick et Charlie est la meilleure que j’ai vue à ce jour. Donc, pour les plus sentimentaux, vous serez aussi raisonnablement satisfaits, entre deux chasses d’avions.

Ce fut donc un bon film, léger, et avec une musique vraiment accrocheuse, épique même. Et surtout, je sais maintenant toute la signification que contient le titre de wingman.

Modern Times (1936) – 991 films

Ouf ! Que de films vus ces derniers temps ! En plus des soirées hebdomadaires faites avec quelques amis, j’ai profité de quelques soirs de semaine pour satisfaire un peu plus mon appétit. Ainsi, j’ai plusieurs films desquels vous parler, et des excellents. Le premier d’entre eux est Modern Times de Charles Chaplin.

On ne peut plonger dans l’histoire du cinéma sans rencontrer cette figure symbolique du comique : le grand Charlie Chaplin. J’avais déjà regardé quelques unes de ses oeuvres, voilà un bon bout de temps, mais pour redécouvrir cet artiste, je trouvais que Modern Times était tout désigné.

D’une durée de 87 minutes, il s’agit d’une satire bien percutante, parfois triste, parfois ironique, de l’industrialisme des années 30 et des années de la Grande Dépression américaine. L’emblématique personnage de clochard de Chaplin, Charlot, toujours joué par lui-même, y fait ici sa dernière apparition, alors qu’il se débat dans un monde en plein changement, mais pas forcément pour le mieux. Il est d’abord employer sur une chaîne de montage, où il devient fou, puis se retrouve en prison, travaille dans un magasin à grande surface, devient serveur et chanteur dans un bistro, tout en rêvant d’une vie meilleure, du fameux rêve américain. Mais grâce au talent de Chaplin, ce qui aurait pu être un film larmoyant se transforme en comédie à l’humour cinglant, mais aussi enfantin par moments. À la fin, au lieu de se plaindre, on ne constate en fait que le ridicule de cette époque, de cet industrialisme encore naissant, et de cette misère historique. Et la musique, composée par le réalisateur lui-même, et parfois dramatique, parfois comique et nonchalante, nous accompagne tout au long de ce témoignage.

Naturellement, le film est en noir et blanc. Cependant, ce qu’il y a de plus extraordinaire avec ce film, c’est que, malgré l’époque, il est semi-muet. Même si les films parlants existent depuis près de 10 ans, Chaplin n’adhère pas à cette nouvelle vision du cinéma. Malgré les textes qu’il avait préparés, il décide finalement de ne pas les utiliser, à quelques exceptions près. Et en regardant le film, on ne peut qu’approuver son choix, alors que son propos passe encore mieux en pantomime et sans paroles. En fait, Chaplin critiquait même l’usage de la parole, la trouvant superflue et vide. On le constate dans la scène finale, où Charlot oublie les paroles de sa chanson et chante alors un texte dépourvu de tout sens, un mélange étrange de français et d’espagnol, mais qui fait quand même bien rire son auditoire.

Mais ce qui fait vraiment le charme du film, c’est cette vision satisfaisante de la vie, même si elle ne nous empêche pas de rêver mieux. Il y a cette double-critique, mais qui nous rend néanmoins bien heureux. Lorsque Charlot et la gamine, jouée par Paulette Goddard, se trouvent une maison toute délabrée qui tient à peine debout, elle s’exclame, toute enjouée : « It’s paradise. ». Mais ils rêvent à la fois d’une maison de banlieue où l’on peut cueillir les fruits tranquillement de son salon, en tendant simplement la main vers la fenêtre, signe d’une abondance infinie, et où les vaches n’ont même pas besoin d’être traites. On se croirait, effectivement, dans le jardin d’Eden ! Et en même temps, lorsque Charlot travaille dans le magasin à grande surface, l’abondance y est aussi grande, alors que là, elle y est presque cruelle, devant ses anciens collègues de travail, maintenant chômeurs, qui doivent voler pour survivre.

Ainsi, la critique est parfois dure, mais elle fait aussi, et surtout, sourire. Malgré leur condition, les deux amoureux ne cessent pas de perdre espoir, de rêver mieux. Et à travers tout cela, ils réussissent quand même à être heureux. Voilà, ce que nous enseigne Chaplin, à travers son oeuvre.

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