Archives Mensuelles: avril 2012

Das Kabinett des Doktor Caligari (1919) – 996 films

Enfin, pour couronner ces deux courts-métrages, nous avons terminé la soirée avec un classique de l’expressionnisme allemand : Das Kabinett des Doktor Caligari de Robert Wiene. Ou, en français : Le Cabinet du docteur Caligari.

D’une durée de 71 minutes, il s’agit du grand chef-d’oeuvre du style. Décors anguleux et fantomatiques, pellicule teintée, personnages mystérieux et effrayants, suspense et drame intenables : il s’agit d’un film d’horreur qui vous fera frissonné par son expression démesurée. C’est comme regarder une toile sombre de Monet se mettre en mouvement et voir un drame apparaître derrière ses limbes.

L’intrigue tourne autour du docteur Caligari, savant-fou qui expose dans une foire un somnambule qui prédit l’avenir. Mais en même temps, de mystérieux meurtres prennent place, la nuit, dans la ville. Ajoutez à cela une enquête pour retrouver le coupable, l’enlèvement d’une jeune demoiselle suivi d’une poursuite effrénée, et un retournement, à la fin du film, peut-être prévisible mais certainement fort psychologiquement et émotionnellement, et vous avez un film emballant et qui vous rivera à votre siège… mais surtout vers la fin.

En effet, le plus grand défaut du film est sa lenteur, en particulier au début du film, alors que l’intrigue prend beaucoup de temps à se mettre en place et à interpeller le spectateur. Il faut dire aussi que les panneaux de texte, utilisés à profusion et parfois inutilement, ralentissent de beaucoup le rythme. Par contre, une fois que le tout démarre, là, le film devient captivant. Aussi, en l’analysant un peu, on remarque que l’histoire a une complexité bien appréciable, en plus des quelques mise à abîme qui rehaussent la qualité de la trame.

De toute manière, c’est surtout l’atmosphère du film qui retient l’attention. Il est difficile d’aller chercher plus lugubre, plus psychotique et plus onirique à la fois. Ne serait-ce que pour cela, le film en voudrait la peine. Mais en plus, il y a cette scène à couper le souffle où on ne voit que l’ombre du meurtrier, et celle où la demoiselle se fait prendre. Bref, malgré ses défauts, ce film demeure bel et bien un classique.

Un chien andalou (1928) – 996 films

Le second film que nous avons visionné était aussi un court-métrage, un autre classique mais bien différent. Il s’agit de Un chien andalou de Luis Buñuel.

Scénarisé par Salvador Dalí et Luis Buñuel, il s’agit du film emblématique du surréalisme. Il est mystérieux, onirique, symboliste et, surtout, choquant. Muet et en noir et blanc, il est néanmoins animé par le Tristan et Iseult de Richard Wagner et des airs endiablés de tango. Il est également ponctué de symboles récurrents dans l’oeuvre de Dalí. On peut reconnaître les fourmis qui dévorent une main ou la flexibilité absurde du temps, ainsi que d’autres symboles forts du surréalisme, tels que la sexualité, ou la mort et la renaissance. D’ailleurs, l’apparition d’un papillon à tête de mort n’a pas été sans me rappeler The Silence of the Lambs, même si j’aurais tendance à dire que la référence est plutôt faite à l’inverse, s’il en est une.

Le pire moment du film, mais aussi le plus glorieux et mémorable, est la première scène, où Buñuel coupe l’oeil d’une jeune fille avec une lame de rasoir. (Vous serez prévenus !) Pour celle-ci et pour le reste du film, les deux scénaristes avouent qu’aucun sens n’y est voulu ou même à chercher, sauf, peut-être, en se tournant vers la psychanalyse. Pour ma part, par contre, j’y ai vu la crise d’adolescence d’un jeune homme, qui passe de l’enfance à l’âge adulte, et qui mesure le poids de ses pulsions sexuelles et celui de son éducation, qui le retient. Il doit aussi oublier les reliques de son enfance et se soumettre face à l’image paternelle.

Mais bon, ceci n’en est qu’une interprétation, et il n’en tient qu’à vous d’en faire la vôtre à l’écoute de ce film expérimental et étrange, mais qui sait être à la fois comique dans son incongruité et dramatique dans sa cruauté et sa franchise. Pour ma part, je commence à vraiment l’apprécier, après mon troisième visionnement. C’est aussi palpitant de tenter de déceler les motifs cachés de ces deux artistes, en mettant en relation les éléments en apparence hétéroclites des différentes scènes. Cela dit, si vous avez le coeur sensible, il vaudrait peut-être mieux passer la scène de l’incision oculaire.

Le Voyage dans la Lune (1902) – 996 films

Voilà plus d’un mois, j’ai écouté mon tout premier film pour ce blogue. Depuis, j’ai commencé à organiser mes soirées cinéma avec quelques amis. Ainsi, j’ai déjà eu l’occasion de visionner quelques classiques. Le premier d’entres eux, qui ouvrit le bal, ne pouvait être que Le Voyage dans la Lune de Georges Méliès.

Ce film symbolise vraiment la naissance du cinéma. Avant il y avait, bien sûr, les frères Lumière, mais ceux-ci ne faisaient que filmer des scènes quotidiennes et ne voyait leur invention que comme une attraction de foire, sans plus. Avec Méliès, par contre, commence l’art du cinéma. Aidé de ses talents d’illusionniste, il monte des décors extravagants, crée des costumes fantaisistes, écrit des histoires où se mêlent le fantastique et la science-fiction, et utilise son ingéniosité pour faire les premiers effets spéciaux. Ainsi, le cinéma passe de témoignage à création.

Parmi les centaines de courts-métrages que Méliès réalisa durant sa vie, Le Voyage dans la Lune est le plus connu, le plus grandiose et le plus inspirant. L’ambition de ce film n’est dépassée que par celle de ses personnages, qui entreprennent une expédition vers l’astre nocturne. S’inspirant du roman De la Terre à la Lune de Jules Verne, des astronomes font construire un immense canon qui projettera leur vaisseau (qui ressemble à un grand obus) en plein dans l’oeil de la Lune : une scène mythique que personne n’est sans connaître. Là, les scientifiques visiteront l’astre et vivront quelques péripéties comiques et presque magiques en rencontrant ses habitants.

Méliès, comme pour plusieurs de ses films, y tient lui-même le rôle principal. Mais les grands gestes empruntés au théâtre sont rapidement éclipsés par les décors complexes et l’imagerie forte du film. Surtout dans la version coloriée à la main, image par image ! Ce classique devient alors un mélange entre un livre d’histoires animé et un rêve vif et coloré aux contours flous. Cela donne à peu près ceci :

Et pour une scène mémorable :

Sinon, il y a bien quelques longueurs, même pour un film de 14 minutes à peine, surtout au début, mais on regrette aussi que les scientifiques n’aient pas exploré davantage ce nouveau monde. Néanmoins, c’est vivre un véritable rêve à chaque fois que de regarder ce film, encore et encore. Si pour connaître le cinéma, il faut connaître Méliès, dites-vous que pour connaître Méliès, il faut avoir vu Le Voyage dans la Lune.

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