Blade Runner (1982) – 971 films

Un classique que je désirais voir depuis déjà un bon moment : Blade Runner. Après avoir fait quelques recherches sur le film, et avoir farfouillé sur les caractéristiques de chacune des 7 versions du film, j’ai opté pour le Final Cut de 2007, qui me semblait être la version la plus achevée du film.

Blade Runner

Réalisé par Ridley Scott (dont je crois que je vais croiser quelques autres oeuvres ultérieurement) et avec Harrison Ford dans le rôle principal, Blade Runner est désormais un film culte de la science-fiction. Et après l’avoir visionné avec quelques amis, je comprends bien pourquoi. Mais avant, un petit résumé de l’histoire serait de mise.

Je dois avouer que j’ai eu un peu de difficulté à suivre l’intrigue, celle-ci m’apparaissant parfois floue, parfois absente. J’ai d’ailleurs dû lire un résumé, après avoir vu le film, pour mettre les différents éléments en ordre et en relation. Mais ça, c’était surtout pour les détails, l’intrigue principale étant plus claire. Il faut aussi dire que ce film nous plonge dans un univers immense, celui-ci nous submergeant par moments. On a un peu l’impression de suivre une série télé plus développée, plus large que le cadre d’un seul film.

Cela dit, le film se déroule dans un avenir rapproché (2019) et dystopique, où existent des androïdes tellement perfectionnés qu’ils sont indistinguables d’un être humain, appelés Replicants. Ces replicants ne sont illégaux sur Terre et ne sont utilisés que pour des travaux dangereux sur d’autres planètes. Ceux qui s’enfuient et retournent sur Terre sont retirer, ou plutôt exécutés, par des Blade Runners, une unité de police spécialement entraînée pour ce genre de tâche. Après qu’un groupe de replicants se retrouvent sur Terre, Rick Deckard, un blade runner désabusé et près de la retraite joué par le légendaire Harrison Ford, accepte à contre-coeur de les retrouver pour les retirer. À travers l’enquête, on rencontre, entre autres, Tyrell, président de Tyrell Corporation, l’entreprise qui crée et produit les replicants, Rachael, une androïde de nouvelle génération qui ignore qu’elle n’est pas humaine, et J.F. Sebastian, un des ingénieurs principaux de Tyrell Corporation. Les replicants pourchassés, quant à eux, sont retournés sur terre pour rencontrer Tyrell lui-même, leur créateur, car leur modèle fait en sorte que leur espérance de vie n’est que de 4 années.

Mais attention : il ne s’agit pas d’un film policier rempli d’action (même si certains moments sont plus mouvementés). Il s’agit plutôt d’un film lent, contemplatif, aux décors majestueux et immenses, travaillés dans leurs détails. On nous présente un monde futuriste qui est davantage sombre que lumineux. Inspiré des films noirs, Blade Runner est aussi habité d’un esthétisme étonnant, avec ses angles de caméra nouveaux, ses jeux avec les ombres, la lumière et la fumée, avec ses personnages, aussi, à la psychologie complexe et fascinante.

Cet univers, d’ailleurs, ne nous est présenté qu’en 2 heures, mais semble déjà avoir une complexité et une profondeur remarquables. Parfois, avec un seul décor ou un seul personnage, on est plongé dans ce monde et dans tout ce qu’il a à offrir. L’effet en est saisissant et, mise à part les grands de ce monde tels que Star Wars ou Lord of the Rings, je n’ai jamais vu de film qui réussissait aussi bien cet effet. Et là, il ne s’agit que d’un film, unique, et seul.

L’appartement de Sebastian, par exemple, est époustouflant. Il est entre le merveilleux, le grotesque et le terrifiant. Il est habité par ces androïdes et ces diverses machines étonnantes et terrifiantes, par ces modèles suspendus aux murs qui rappellent des marionnettes désarticulées.

Blade Runner - Appartement de Sebastian

Le personnage de Roy aussi, l’un des replicants pourchassés, est fascinant par ses dilemmes, sa morale tordue et la fin étonnante à laquelle il participe (je ne vous en dis pas davantage).

Bref, un univers complet contenu en un seul film, en seulement deux heures qui, pourtant, semblent bien longues par le rythme lent et posé. Un film qu’il faudra, à coup sûr, que je revois, histoire de mieux le comprendre et, ainsi, mieux l’apprécier.

V for Vendetta (2006) – 984 films

Dans le cadre du conflit étudiant du printemps dernier, et surtout suite à l’adoption du projet de loi 78 qui restreignait le droit de manifester, je trouvais qu’il était de circonstance, avec quelques amis, de regarder V for Vendetta, de James McTeigue, même s’il ne fait pas partie des 1001.

Basé sur la bande-dessinée de l’excellent Alan Moore, il s’agit d’une dystopie se passant dans une Angleterre contemporaine, mais contrôlée par un gouvernement autoritaire et conservateur ne permettant aucune liberté d’expression, ni aucune divergence d’opinion. Ce gouvernement est arrivé au pouvoir suite à la succession de quelques attentats tuant des milliers de Britanniques. Gagnés par la peur du terrorisme, ils ont donc élu un gouvernement protecteur et puissant, semblable au parti Nazi d’Allemagne. Mais un homme masqué et cherchant justice et liberté entreprend de tuer les acteurs importants de l’ascension de ce parti, avant de faire tomber le gouvernement pour rendre la liberté et le pouvoir au peuple. Cet homme masqué, c’est V, joué par Hugo Weaving, portant le masque de Guy Fawkes, qui est devenu par la suite un symbole populaire de protestation. Il entraîne également dans sa quête une jeune femme nommée Every Hammond, jouée par Natalie Portman.

Le film, en fait, est un mélange parfait de cette action bien propre aux interprétations cinématographiques de bandes-dessinées, de philosophie politique et de réflexion sociale, de critique du pouvoir, d’éloge du peuple, de la démocratie et de la liberté, et d’allitérations en v. Il s’agit d’un film facile à regarder par son intérêt général et son histoire facile à suivre, mais qui donne le goût qu’on le regarde encore et encore pour affiner davantage la réflexion profonde que le film apporte. C’est regardé 1984 de George Orwell, mais avec un meilleur rythme, avec de l’action mais juste assez, et situé dans un avenir plus probable maintenant, et donc plus crédible. Bref, même s’il ne fait pas partie des 1001 films à voir, je vous le conseil néanmoins chaudement, ne serait-ce que pour une soirée de cinéma tranquille.

Neco z Alenky (1988) – 984 films

La seconde interprétation de l’histoire de Alice au pays des merveilles que nous avons écoutée en était une complètement différente de celle de Disney. Cette fois, il s’agissait d’une version tchécoslovaque du réalisateur Jan Svankmajer parue en 1988 intitulée Neco z Alenky, qui signifie Quelque chose venant d’Alice.

Cette version, au contraire de celle de Disney, était sombre, glauque, troublante et intense psychologiquement. Le film est fait d’un mélange de stop-motion et de prises live, sans musique du début à la fin, et se déroulant pour la plus grande partie dans une maison en apparence abandonnée, aux murs lisses et gris, et aux détours terrifiants. Ici, le rêve de Lewis Carroll se transforme en véritable cauchemar.

Qu’est-ce que le stop-motion ? Il s’agit d’une technique d’animation qui consiste à filmer, image par image, un objet inanimé que l’on déplace, peu à peu, entre les prises d’image. Le résultat donne un mouvement saccadé qui, ici, amplifie davantage l’effet glauque du film. Lorsque Alice, par exemple, se retrouve rétrécie, elle se transforme en poupée de porcelaine qui avance comme une marionnette possédée. Il s’agit de la même chose pour tous les autres personnages, qui se retrouvent animés et vivants, mais sans expression faciale, ou presque.

Un autre effet qui accentue ce sentiment de malaise et de bizarre : le fait que tous les dialogues se terminent par un gros plan sur les lèvres d’Alice qui prononcent : « Said the white rabbit.« , s’il s’agit en l’occurrence de ce personnage. Cela donne un aspect surréaliste et sombre aux scènes d’échanges entre les personnages. Il y a également cette abondance d’objets coupants et dangereux, tels que des équerres, des ciseaux ou des punaises en confiture, qui vous font réaliser dès le début qu’il ne s’agira pas d’un film pour enfant.

Les personnages non plus ne donnent pas leur place pour ce qui est de l’étrangeté déstabilisante du film. Le lapin blanc est ici un lapin empaillé qui, dès le début du film, se blesse et donc duquel coule de la sciure de bois pendant tout le film. Il y a aussi cette kyrielle de personnages étranges qui ne sont que des cranes et des os avec des yeux de vitre. N’oublions pas non plus la chenille, qui est ici un bas avec des yeux de verre cousus et un dentier en guise de bouche. On le retrouve dans une pièce remplie de bas qui creusent le sol comme des tunnels. Enfin, j’ai déjà mentionné les décors… Pour vous donner une idée de l’ambiance qui règne dans cet endroit étrange, voici une image :

Mais pour bien saisir et comprendre, il faut regarder ce film exigeant et dérangeant soi-même. Il est à la fois fascinant et effrayant de voir son rêve d’enfance transformé en cauchemar terrifiant de telle sorte. Mais cela est fait avec une qualité étrangement envoûtante. Lorsque je l’ai regardé ce soir-là, c’était mon deuxième visionnement. Depuis ma première découverte, je souhaitais revivre cette expérience étrange. Cela dit, une fois la surprise passée, le film a quelques longueurs, et devient même essoufflant vers la fin. Cependant, il conserve quand même son aspect dérangeant. Certaines scènes, d’ailleurs, vous resteront peut-être en mémoire, comme celle où Alice descend dans un élévateur sombre où, devant elle, se trouvent toutes sortes de vieilleries terrifiantes pour un enfant : squelettes d’animaux, pots aux contenus étranges et remplis de gelée, et d’autres choses que je vous laisse découvrir par vous-même. Alors que chez Disney, il s’agit d’une descente vers le merveilleux, il s’agit presque ici d’une descente aux enfers.

Alice in Wonderland (1951) – 984 films

Dû à différents projets et voyages, je n’ai malheureusement pas pu mettre ce blogue à jour durant l’été. Par contre, je ne me suis pas empêché de regarder quelques films, dont 8 seront dignes de mention ici, et 6 de ceux-ci font partie des 1001 à voir. Commençons donc par les deux films que j’ai regardés à l’occasion de mon anniversaire : un programme double d’une de mes histoires favorites, soit Alice au pays des merveilles; histoire de laquelle nous avons écouté deux interprétations. La première fut le classique de Walt Disney, réalisé en 1951, Alice in Wonderland et qui, malheureusement, ne fait pas partie des 1001.

À mon avis, il s’agit pourtant d’un indéniable classique du cinéma et de l’animation. Ce film, lorsque j’étais tout petit, m’a fait tellement rêver, me plongeant dans cet univers rocambolesque, coloré à souhait et avec des personnages si attachants et, ironiquement, qui m’apparaissaient si authentiques. En le réécoutant aujourd’hui, plusieurs années plus tard, je me rends compte que, outre le conte pour enfant, il s’agit d’une oeuvre magistrale qui n’a pour seul défaut que sa courte longueur, ne totalisant que 75 minutes de film. Mais avant de m’aventurer davantage dans les éloges de ce chef-d’oeuvre, une petite mise en situation serait peut-être de mise.

Pour ceux, les rares, qui ne connaissent ni le film, ni l’histoire, il s’agit d’un film d’animation basé sur le livre de Lewis Carroll, soit Alice’s Adventures in Wonderland, avec quelques éléments de Through the Looking-Glass, où l’on suit une fillette qui s’aventure, en suivant un lapin blanc portant gilet et montre de poche, dans un tunnel qui la fait littéralement tomber dans un monde fantastique, absurde et, il faut bien le dire, complètement fou. Il s’agit ensuite d’une quête plus ou moins claire où Alice cherche à la fois le lapin blanc constamment en retard, mais aussi elle-même, passant à travers diverses métamorphoses troublantes, grandissant et rapetissant à plusieurs reprises, au cours de laquelle quête elle rencontre divers personnages plus invraisemblables les uns que les autres. Il y a le chapelier fou et le lièvre de Mars qui prennent le thé sans pause et fête leur non-anniversaire. Il y a aussi le chat du comté de Cheshire qui semble être le plus raisonnable des êtres de cet étrange pays, mais qui est fou lui-même et ne cesse pas de disparaître et de jouer des mauvais tours. Il y a également la Reine de coeurs tyrannique qui crie « Off with there head! » pour un rien. Et je passe par-dessus quelques autres personnages tout aussi déjantés et amusants.

Petit, je rêvais de parcourir ce monde étrange et fascinant. Étant plus vieux, je n’en suis plus si sûr, mais ce monde demeure attrayant, passionnant dans tous ses recoins. Et que peut bien cacher ses recoins encore inexplorés ? La psychologie déséquilibrée des personnages me ferait néanmoins craindre pour ma santé. Mais comme il ne s’agit que d’une histoire, ils ne sont qu’amusants, ennuyants dans le pire des cas.

La magie, aussi, de ce film, c’est le grand talent avec lequel Disney nous fait vivre et donne vie à cette histoire. Les décors colorés et mystérieux, mais à la fois si attrayants et lumineux, même dans les endroits les plus sombres, comme lorsque Alice se perd dans la forêt vers la fin. Les personnages, aussi, sont animés de cette énergie inépuisable et enfantine. Certaines scènes, qui auraient pu paraître difficile à animer, ont pourtant provoqué un émerveillement pour l’adulte d’abord sceptique que j’étais. Lorsque l’arrivée de la Reine de coeurs est annoncée, et que toutes les cartes arrivent dans une danse multicolore, ce fut l’ébahissement total, un chef-d’oeuvre en soi.

Bref, je cesse de faire des louages qui pourraient devenir excessifs, pour simplement mentionner que ce conte étrange, cette histoire absurde, est ici joyeuse et enfantine, innocente même. Elle émerveille et conquit. Alors que pour l’autre version que nous avons écouté ensuite, il s’agissait de bien autre chose…

Akira (1988) – 990 films

Enfin, ce blogue est de nouveau à jour ! Car le dernier film que j’ai vu, pour le moment, est Akira de Katsuhiro Otomo.

Je me disais qu’il serait bon d’explorer un peu plus le cinéma étranger, et d’autres styles de film. Une animation japonaise s’est donc imposée, et Akira en est l’exemple parfait. Il s’agit du chef-d’oeuvre du réalisateur. Et surtout, il mélange la plupart des thèmes récurrents des animes : la science-fiction, l’avenir apocalyptique, les pouvoirs surnaturels et des adolescents en quête d’identité.

J’ai eu un peu de difficulté à suivre l’histoire, en partie parce que j’étais un peu fatigué au moment de l’écoute, et en partie parce qu’elle comportait plusieurs aspects aux liens parfois confus. En gros, pour ce que j’en ai compris, Tetsuo est un adolescent qui fait partie d’un gang de motards délinquants avec d’autres amis. Tetsuo a un complexe d’infériorité envers les autres membres, en particulier Kaneda, à qui il doit souvent demander protection. Puis, il développe des pouvoirs psychiques extrêmement puissants qui lui permettent enfin de se débrouiller seul et de se montrer fort. Par contre, il perd rapidement le contrôle de ses pouvoirs… En parallèle à cela, le gouvernement tente de s’emparer de lui, à l’aide d’autres enfants télépathes. Il y a aussi une quête pour retrouver Akira, un être qui aurait des pouvoirs encore plus grands que ceux de Tetsuo.

Il s’en suit des explosions spectaculaires, des scènes d’affrontement tendues, et un chaos immense aux images superbes. On y sent la force, l’énergie et le mal de vivre d’un adolescent en pleine crise. Alors que Tetsuo cherche Akira, on y voit aussi une quête d’identité difficile. Tout cela s’exprime avec une rébellion de l’esprit et une violence du corps immenses. À cet effet, les 20 dernières minutes du film sont spectaculaires et envoûtantes, alors que l’histoire arrive à son paroxysme.

Par conséquent, c’est un film que j’ai bien apprécié, malgré quelques confusions, et qui mériterait d’être réécouté, afin de mieux en comprendre les détails. Et surtout, cela m’a donné envie de regarder d’autres films du genre.

Annie Hall (1977) – 990 films

Comme avec Stanley Kubrick, je souhaitais depuis un bon moment découvrir le réalisateur Woody Allen. J’ai donc décidé de débuter avec l’un de ses classiques les plus connus, soit Annie Hall.

En faisant quelques recherches, j’ai cru comprendre que ce film marquait un tournant dans la carrière d’Allen. J’aurais peut-être dû débuter avec un de ses films moins matures, car celui-ci m’a littéralement jeté par terre. Le rythme, l’humour, la subtilité du jeu des acteurs : tout m’a séduit dans ce film.

Le film raconte l’histoire d’amour d’Alvy, joué par l’éternel Woody Allen lui-même, et d’Annie Hall, jouée par l’admirable Diane Keaton. À travers une narration fragmentée, mêlant la chronologie des scènes, on voit leur rencontre, leur séparation, l’évolution de leur relation, l’après, etc.

Encore une fois, tout comme Citizen Kane, ce n’est pas tant l’histoire qui fascine, mais le style. Il y a ces scènes où Alvy brise le quatrième mur et s’adresse directement à l’auditoire. Il y a le monologue du début, qui place le personnage principal. Il y a cet échange magique, peu après leur rencontre, entre Alvy et Annie, où des sous-titres apparaissent pour faire comprendre ce que les personnages pensent ou disent vraiment. Le tout, avec un humour subtil, semblable au britannique, et avec un sentimentalisme sincère pour le réalisateur, hésitant pour les personnages, naïf surtout. Les sujets de la mort, de l’art et du sexe sont également abordés, toujours avec les traits d’esprit singuliers qui ont fait la gloire de Woody Allen.

Ainsi, Annie Hall est plus qu’une comédie sentimentale. L’humour y est meilleur, et plus sourire que rire aux éclats. Et la romance, touchante d’une nouvelle façon. C’est un film que je regarderais encore et encore, et qui m’a tout de suite donné le goût de continuer à explorer ce réalisateur.

Citizen Kane (1941) – 990 films

Il y avait un autre classique (il y en a plein !) que je souhaitais regarder depuis bien longtemps, mais pour lequel je n’attendais qu’une bonne excuse pour regarder. Celui-ci, en particulier, s’appelait Citizen Kane d’Orson Welles.

Pour plusieurs, il s’agit du meilleur film, ou du plus grand, de tous les temps. Certes, le cinéma n’existe que depuis un siècle, mais quand même ! Et je dirais même qu’il le mérite bien. Ce n’est peut-être pas le meilleur (j’ai encore quelques favoris indétrônables…), mais c’est certainement un incontournable. L’histoire, déjà, est intéressante. Le plus grand magnat de la presse américaine, Charles Foster Kane, meurt en murmurant entre ses lèvres un simple mot rempli de mystère : rosebud. Que signifie ce mot ? Que peut-il impliquer, pour un homme qui fut riche et puissant au delà de tout rêve ? Ainsi, en enquêtant sur la signification de ce mot, on revit l’histoire unique de cet homme.

Cependant, ce qui fait la grandeur du film, ce n’est pas tant l’histoire, qui est toujours autant d’actualité près de 70 ans plus tard, mais plutôt sa réalisation. Les plans de caméra novateurs, le jeu des ombres et des lumières, les décors démesurés, les procédés de fondu, la succession des scènes : ce sont tous des éléments qui firent de ce film un véritable chef-d’oeuvre. Par moments, ils accentuent avec brio le mystère d’une scène, la tragédie d’une autre, la mélancolie d’une troisième. Pour les décors, la petite salle de rédaction comblée des débuts donne un relief saisissant au manoir vide et gigantesque de la fin. En plus de savoir et de sentir ce qu’est devenu le personnage de Kane, on le voit, matériellement, par le néant qui subsiste en lui, malgré sa richesse.

Il faut aussi dire que le jeu d’acteur d’Orson Welles y est pour quelque chose. Interprétant lui-même le fameux Charles Foster Kane, il ne peut se tromper. On voit, du début à la fin, l’évolution lente mais certaine du personnage. On voit, dans tout son corps, ses victoires et ses défaites, ses ambitions et son énergie mégalomane, autant que son mal être et sa quête désespérée pour… quoi ? Mystère… Et le jeu de Welles est si impressionnant, si central au film, qu’il éclipse sans difficulté celui des autres. Ils ne font que le suivre, tant qu’ils le peuvent, mais au moins ils le font bien.

Bref, il s’agit d’un film saisissant, grandiose, et inoubliable. Si tous les films avaient ce calibre, ce génie, le monde serait bien différent.

No Impact Man (2009) – 990 films

Voilà déjà plus d’un mois, pour le jour de la Terre, nous avons écouté un film qui ne faisait pas partie des 1001, mais qui était fort à-propos. Il s’agissait de No Impact Man de Laura Gabbert et de Justin Schein.

Le film part d’une idée bien simple et fort inspirante pour quiconque a un peu de fibre environnementaliste en lui : une famille new-yorkaise va tenter de vivre une année entière sans faire aucun impact sur l’environnement. Ça, c’est ce que le film promet. Ce qu’il offre, c’est autre chose. Dans les faits, étape par étape, le couple va réduire peu à peu son empreinte sur l’environnement jusqu’à ce qu’elle ne devienne nulle, ou presque.

Mais bon, l’idée est tout aussi noble, n’est-ce pas ? Et après tout, il faut bien un temps d’adaptation aux différentes privations et aux divers changements d’habitude qu’implique le projet. S’il fallait éliminer tous les déchets, manger local, se déplacer uniquement à pied ou à vélo, n’acheter rien de neuf et couper l’électricité dès le premier jour, on ne se serait peut-être bien pas rendu au deuxième… La présentation du film laissait quand même croire que cela serait le cas, mais bon.

Ce qui m’a vraiment déçu, par contre, c’est la confusion autour du projet. On ne nous avertit par vraiment que le projet se fera étape par étape. Et lorsqu’on le réalise, les étapes semblent confuses. Ah, là ils éliminent telle chose. Ah, là ils éliminent telle autre. Ils ne font plus ça ? Depuis quand ? Bref, une petite présentation globale du projet en début de film aurait été bien appréciée.

Aussi, je n’ai pas aimé que l’accent du film soit autant mis sur tout le drama qui tourne autour du projet. Je comprends qu’il faille ajouter l’aspect humain du projet, et qu’on sente bien la difficulté que les protagonistes ont à vivre et à réaliser le projet, sinon le film serait bien inutile ! Mais une insistance trop grande est mise sur la conjointe, le fait qu’elle subisse davantage le projet de son mari qu’elle n’y collabore, le fait qu’elle veut un deuxième enfant et non son conjoint, etc. Alors que je m’attendais à voir un défi humain, avec des considérations environnementales profondes et une explication du côté pratique du projet, je me suis plutôt retrouvé devant ce qui m’a semblé être un reality show avec l’environnement comme thème.

Ainsi, il y a bel et bien quelques aspects intéressants au film, comme le fait de cultiver ses légumes, de consommer local et des produits saisonniers, ou même le pot double qui sert de réfrigérateur naturel. Mais ce côté du film, qui aurait dû être le principal, est ombragé par tout le reste. Comme la fois où la conjointe se débarrasse dudit réfrigérateur naturel pour aller mettre son épicerie dans celui, électrique, de sa voisine. Ouin…

The Shining (1980) – 991 films

Pour terminer la soirée, le second Stanley Kubrick que nous avons regardé était The Shining.

Le style était un peu différent… Passer de la comédie noire à l’horreur fut un choc, mais un choc bien apprécié. Aussi, la longueur du film, sa lenteur et sa cadence, nous ont permis de nous habituer peu à peu au changement d’ambiance.

Inspiré d’un roman de Stephen King, le film raconte l’histoire d’une petite famille qui doit garder, et donc habiter, un grand hôtel perdu dans les montagnes pendant l’hiver. Une fois la première tempête de neige passée, impossible de se rendre à l’hôtel, ou d’en sortir. Jack Torrance, joué brillamment par Jack Nicholson, a pris le poste pour pouvoir écrire dans l’isolement un roman. Sa femme Wendy (Shelley Duvall) et leur fils Dany (Danny Lloyd) l’accompagne. Le problème, c’est que le dernier à avoir occupé ce poste est devenu fou, tuant toute sa famille et lui-même.

À travers les semaines, Jack sombre peu à peu dans la folie, alors que son fils a des hallucinations sur les meurtres qui ont eu lieu précédemment dans l’hôtel. Plus le temps avance, et plus Jack devient violent, jusqu’au paroxysme du film, où la tension est à son comble et où tout commence. Le suspense que battit le film depuis plus d’une heure éclate et fait place à l’horreur.

Par contre, ce suspense m’a semblé un peu trop long à bâtir, alors que le film a quelques longueurs au milieu. Cela dit, il y a un esthétisme fascinant dans ces scènes lentes et détaillées, en particulier celle où Jack est dans les toilettes, discutant avec le majordome, qui se révèle être l’hallucination de l’ancien gardien de l’hôtel. J’ai aussi eu de la difficulté avec l’évolution psychologique de Jack. On la voit bel et bien changer, avancer très lentement vers la folie, mais la raison de cette évolution m’a échappé, ou disons peu satisfait. J’ai d’ailleurs trouvé un peu étrange, même mal exploité, tout l’aspect fantastique du film.

Néanmoins, il s’agit d’un excellent film d’horreur qui m’a donné des frissons, et qui a su me tenir en haleine, surtout à la toute fin, durant cette scène de poursuite et d’hystérie mémorable. La scène où Wendy jette un coup d’oeil au manuscrit de Jack est également bien saisissante. Je comprends donc pourquoi il s’agit d’un classique, mais je prendrai quand même un certain temps avant de le regarder de nouveau.

Dr. Strangelove or: How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb (1964) – 991 films

Un autre cinéaste duquel on ne peut passer à côté est Stanley Kubrick. Par contre, je n’ai jamais vraiment eu l’occasion d’explorer son oeuvre. Ainsi, maintenant que j’ai une excuse, j’ai décidé, voilà déjà quelques semaines, d’en regarder deux de suite, parmi ses classiques. Le premier était Dr. Strangelove or: How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb.

Stanley Kubrick n’est pas le réalisateur le plus facile à aborder. En fait, il est même énigmatique et son style est de haut niveau. Si vous commencez à regarder du cinéma, je veux dire du bon cinéma, ne commencez surtout pas par Kubrick. Ma première expérience avec lui fut par le biais de 2001: A Space Odyssey, et ce ne fut pas une belle expérience. Je ne l’ai apprécié ni la première, ni la deuxième fois. Avec A Clockwork Orange, j’ai dû le regarder à 3 ou 4 reprises avant de pouvoir le finir. Il faut aussi dire qu’à l’époque, je n’avais pas la même maturité, tant intellectuelle que culturelle.

Mais maintenant que je suis un peu plus vieux, et que j’ai un peu plus d’expérience concernant les oeuvres plus étranges, plus expérimentales, plus inaccessibles ou plus poussées psychologiquement, je me suis dit qu’il serait grand temps de me réconcilier avec ce grand du cinéma qui m’était encore incompris. Et avec Dr. Strangelove, la chose fut accomplie.

Sorti un peu plus d’un an après la crise des missiles cubains, il s’agit d’une satire cinglante contre la bombe atomique, la politique et la guerre froide, le tout sous un humour noir qui fait grincer des dents. L’histoire ? Ce que le monde entier craint à l’époque : le déclenchement d’une guerre thermonucléaire mondiale par accident. Chaque superpuissance, les États-Unis et l’URSS, possède chacun suffisamment de bombes nucléaires pour anéantir l’autre et rendre ainsi la planète inhabitable. Mais qu’arriverait-il si un général américain paranoïaque décidait d’attaquer l’ennemi en premier et de déclencher une guerre de son propre chef ?

On se retrouve alors dans la fameuse War Room, où l’on tente de trouver une solution à ce problème aux proportions démesurées. On fait venir l’ambassadeur russe, on appelle le dirigeant de l’URSS, on tente de rappeler les avions, le tout dans un suspense parfait, où l’absurdité de la situation et de toute la guerre froide ressort dans toute sa grandeur. Nous sommes plongés dans ce monde où la victoire devient presque plus importante que la survie. Il y a, par exemple, ce moment où le général Buck Turgidson refuse que l’ambassadeur russe ne pénètre dans la War Room. Pourquoi ? « He will see everything. He will see the Big Board! », qui ne semble être qu’une mappemonde avec des lumières qui clignotent… Et il y a aussi la fin, où, sans vous révéler quoique ce soit, les priorités des généraux sont encore fondées sur la guerre froide, malgré les évènements.

Les grands décors mal éclairés, le noir et blanc, et surtout le jeu des acteurs donnent une atmosphère pesante et sérieuse à ce qui, sans la petite pointe d’humour noir, serait un drame insoutenable. Heureusement, Peter Sellers réussit à nous faire sourire dans ses différents rôles; lorsqu’il est président et qu’il appelle le dirigeant russe et l’appelle par son prénom en lui parlant comme à un vieil ami ou à un enfant, pendant que son interlocuteur est saoul; lorsque qu’il fait le Dr. Strangelove, un ancien scientifique allemand qui ne peut empêcher son bras de faire le salut nazi; ou lorsqu’il interprète le Group Captain Mandrake, aux côtés du général fou. Ce dernier, interprété par Sterling Hayden, ne donne pas sa place non plus, comme parodie militaire. Enfin, il y a George C. Scott, dans le rôle du général Turgidson, qui anime presque à lui seul la discussion dans la War Room, de la manière la moins rassurante possible.

Bref, avec ce mélange parfaitement dosé, Kubrick nous fait vivre une expérience à la fois troublante et qui nous fait rire jaune. On est bien content, à la fin, que la guerre froide et ses risques de guerre nucléaire soient terminés. Sinon, le frisson serait encore plus saisissant. Enfin, le film aurait facilement pu être trop dramatique, ou trop ridicule. Mais Kubrick a gagné son pari.

%d blogueurs aiment cette page :